06 avril 2008
Un euro symbolique.

Chacun sait que nous payons, ou sommes censés payer, 116 euros de redevance chaque année pour avoir le droit de regarder plus ou moins de la merde à la télévision.
Ce que les gens savent moins, et j’estime qu’ils ont le droit de savoir vu l’ampleur du scandale, c’est que sur ces 116 euros, 1 euro est systématiquement reversé à la production d’un des programmes les plus reluisants du Paysage Audiovisuel Français, j’ai nommé « Plus belle la vie ».
Alors je sais qu’en ces temps rudes pour le moral des français à cause de la baisse record du pouvoir d’achat des ménages et gnagnagna, un euro ne vaut presque plus rien aujourd’hui et que bientôt, si ça continue comme ça, on va même plus pouvoir s’acheter une baguette de pain avec ça tu vas voir.
Mais QUAND MEME. Et je dirais même plus : JUSTEMENT.
Dans ces circonstances, un euro, c’est énorme.
Comme si le portefeuille français n’était pas assez malheureux comme ça, on lui ponctionne l’équivalent d’un morpion avec lequel, si ça se trouve, il aurait pu gagner 500 euros, en lui refourguant le Dallas du pauvre et en lui faisant croire qu’avec un euro, il contribue au renouveau toujours plus audacieux de cette série qui fait la fierté du PAF, ou à payer des cours de théâtre aux pseudo-acteurs castés dans la rue avec l’espoir qu’ils améliorent un temps soit peu leur jeu, histoire que le fait qu’on prenne le téléspectateur pour un con soit moins flagrant, ou encore que cet euro participe à rémunérer les scénaristes afin qu’ils aillent chercher de nouvelles combinaisons amoureuses jusqu’aux confins de l’indécence et qu’ils imaginent comment ils vont s’y prendre pour pondre un épisode de 20 minutes avec pour seul suspens le choix de la séance de ciné de Nathan et Sonia .
On le prend en otage, chaque jour, en access, et s’il a le malheur de s’absenter une semaine, il ne s’y retrouve plus parce que Rudy, bien sûr, n’est plus avec Ninon parce qu’elle a été accusée du meurtre de son père qui lui avait volé toutes ces économies pour ouvrir un orphelinat en Côte d’Ivoire parce que le cousin de son gendre, avec qui il s’était associé dans ce projet humanitaire, avait pompé le capital de l’association à boire des pastis au bar de Rolland pour oublier que sa femme le trompait parce qu’il bandait mou et qu’elle avait préféré partir avec un pti jeune qui s’est fait empoisonné par sa belle-mère lorsque celle-ci a appris qu’il était finalement homosexuel.
Des intrigues palpitantes, des rebondissements incroyables, des dialogues percutants. Et crois-moi, j’ai le regret de t’annoncer que, bien malheureusement, je sais à peu près de quoi je parle. Depuis que je vis en colocation, tous les soirs de 20h20 à 20h40, toute activité est stoppée nette dans son envol et si j’ai le malheur d’entrouvrir ma gueule, j’encoure éventuellement le risque de me prendre un cendrier dans le tibia parce que j’aurais empêché les colocs (dont un est, je me dois de le signaler, un mâle) d’entendre ce que Mirta à répondu à Roland quand il a essayé de l’embrasser.
Quand on m’a dit que la colocation avait ses vices cachés, je pensais qu’on me parlait plutôt de petites discordes de type « C’est kiki a payé cette facture déjà ? », « Je vous signale que c’est encore moi qui ai lavé vos poils de cul dans la douche », « Qui a mangé ma tablette de chocolat qui était pourtant rangé dans ma partie du placard où ya pourtant écrit mon nom dessus ? ». J’avais donc envisagé pas mal de trucs. Mais pas ça.
Tout sauf la honte absolue de me dire que les 1 euro de la redevance attribués à cette merde soient, dans mon foyer, largement rentabilisés.