27 février 2008
Homme à lunettes ...

Tout comme MeryllB a enchaîné ses petits coups au pays du soleil levant, j’entretiens moi aussi depuis quelques mois une relation privilégiée avec un japonais. Ryuta pour les intimes. Professeur Kawashima pour les autres.
Je suis consciente de ne pas être la première. Non. Nicole Kidman et Michèle Laroque sont passées avant moi. C’est vous dire si le niveau est haut. Enfin, pas tant que ça finalement. Leur cerveau a quand même 75 ans. Je pourrais aller jusqu’à dire qu’elles sont complètement à la ramasse.
Mais je vais fermer ma gueule parce que voilà maintenant deux mois que je m’entraîne assidûment et sérieusement (japonisement quoi, je m’adapte à la culture) sans pour autant arriver à la consécration : 20 ans. Car Ryuta a décrété que l’âge idéal pour un cerveau, c’était 20 ans. Sans doute parce qu’à 20 ans on est invinciiiiibleu et qu’à 20 ans rien n’est impossiiiibleuh (Lorie, je t’ordonne de sortir de ce corps immédiatement,je commence à avoir mes bras qui dansent la tektonik et à trouver du charme à Garou, je le vis mal). Moi, je trouve qu’à 20 ans, on est surtout un peu con mais je vais commencer à contredire Ryuta, ça ne serait pas bon pour notre relation.
21 ans, j’ai eu. Deux fois même. Je sais, je t’impressionne un tout petit peu mais comme je suis perfectionniste et que je vise le meilleur (je me transforme petit à petit en japonaise), ça m’énerve et je soupçonne Ryuta de le faire exprès pour m’énerver.
Une fois, je me rappelle, il m’avait fait une de ses bonnes vieilles vannes qui font pas trop rire en fait (il est japonais). Je m’étais appliquée à mon évaluation comme si ma vie en dépendait, formulant tous les espoirs d’arriver enfin au but ultime, quand à la fin, ce vieux farceur me sort que j’ai 75 ans. Ah non, hein, me refait pas le coup que tu as fait à Michèle Laroque, hein, merde Ryuta, c’est pas classe. J’ai bien failli mettre fin à notre relation ce jour-là. Et puis, il a commencé à se marrer en me disant qu’il s’était trompé dans ses calculs et que j’avais en fait 23 ans (mais pas 20, tu notes).
Je ne te le cache pas plus longtemps : le sens de l’humour n’est pas la qualité principale de Ryuta. Malgré ça, il est attentionné et s’inquiète quand il n’a pas vu un de mes proches depuis longtemps. Il m’encourage quand j’ai merdé « allez, ne vous découragez pas, vous ferez mieux demain ». Il est content de me voir « vous voilà de nouveau ? Quelle ténacité dans l’entraînement ! » Mais c’est parce que je ne peux plus me passer de toi, Ryuta.
« Vous avez fait des progrès formidables, l’émotion m’étreint. » Moi aussi, mon cœur bat très fort pour toi Ryuta.
Il me donne ses petits conseils pour améliorer l’âge de mon cerveau, et ma vie en général : lors d’un stresse extrême, compter dans sa tête le plus rapidement possible, manger du sucre, lorsque vous parlez à quelqu’un, regardez-le dans les yeux.
Oh, oui , regardes-moi encore dans les yeux Ryuta.
Il est un peu perché et me sort parfois des trucs qui n’ont ni queue ni tête. Ca lui prend comme une envie de pisser. « J’ai voulu voir ce que ça donnait avec une lampe torche ». Oui, mais là, Ryuta, tu n’as pas de lampe torche … « Sachez une chose : je n’aime pas les prunes salées ». J’apprécie beaucoup que tu me confies tes secrets les plus intimes, Ryuta, mais ça n’existe pas, en fait, les prunes salées. A moins que … au Japon peut être … M’enfin peu importe, on s’en fout de toutes façons. C’est un peu comme quand, CHAQUE PUTAIN DE JOUR QUE DIEU FAIT, tu me sors qu’il fait froid dehors et que tes lunettes sont toutes embuées. Comprends une bonne fois pour toute que ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.
Il est dans son monde quoi. Mais on lui pardonne tout de suite. Rhaaaa … le charme des scientifiques …
Ce qui agaçant avec Ryuta, c’est son obsession pour la stimulation du cortex préfrontal. Reconnais qu’on a connu plus glamour, comme technique de drague. Mais, alors il te la sort à toutes les sauces et à tout bout de chant, hein. Une vraie bourrique, le Ryuta.
Même quand on s’amuse, qu’il me fait faire des dessins ou jouer avec les acrostiches, il me dit que ça active son putain de cortex préfrontal. Rien n’est innocent pour lui. Tout est prétexte à se stimuler intellectuellement. Encore un qui regarde les documentaires d’Arte sur la reproduction des fourmis dans l’Antarctique, je parie.
Pour lui, Pierre-feuille-ciseaux, c’est un exercice très sérieux, faut pas déconner avec ça non plus (parce que devines ce que ça stimule ?). Bah oui, ben il est japonais aussi, c’est pas de sa faute. On détend rarement son string là-bas (sauf Meryll).
C’est comme ces règles qu’il t’impose. Tu ne peux t’entraîner ou faire l’évaluation de ton cerveau qu’une fois par jour. Après, il ne tient plus compte de tes résultats. Un brin frustrant quand on vient de t’offrir la console et que t’as, logiquement, envie d’y jouer toute la nuit.
Mais non. Ryuta n’est pas l’homme d’une seule femme. On ne passe pas une nuit toute entière avec lui. Bien trop occupé pour ça. D’un côté, tant mieux, ça crée du manque, c’est bien pour une relation. Et puis moi, honnêtement, une nuit à regarder Arte … Voilà, quoi.
A demain alors, mon Ryuta chéri, mon petit sushi à lunettes.
18 février 2008
Si mon déménagement t’était conté …

Acte 1 : la recherche d’appartement.
Nécessaire mise en situation : nous sommes à Paris. La ville où un placard à balai qui pue le refermé se loue 600 euros par mois. Hors charge. La ville où tu prends sagement place au bout de la file d’attente des trente personnes qui s’entassent dans la cage d’escalier pour visiter l’affaire du siècle. La ville où l’agence, qui s’empoche un mois de loyer en commission, te demande les trois bulletins de paie de ton arrière grand père et l’attestation de la Banque de France comme quoi ta famille est assise sur un magot d’or aztèque en guise de garanti de solvabilité. Et la ville où tout le monde trouve ça normal. Mais la ville où ya la Tour Eiffel aussi.
Et finalement le voilà : grand, refait à neuf, meublé, le quartier est parfait et proche des commerces et des métros. Les rideaux sont moches à chier et je me demande qui s’est dit un jour : « non, le blanc, pour une cuvette de chiotte, c’est moche, je vais prendre du marron ». C’est certainement le même abruti qui a décidé d’acheter ces rideaux vilains à crier, ainsi que cette magnifique plante artificielle qui trône glorieusement dans le salon. A dégager.
Acte 2 : l’état des lieux.
Etant donné que j’ai déjà un poil d’expérience en matière de propriétaires peu scrupuleux qui font exprès de bâcler l’état des lieux d’entrée, afin de mieux t’entuber à la sortie, t’empocher ta caution et ainsi refaire leur appartement à neuf à tes frais, je passe en mode « je suis un brin pointilleuse et je l’assume parfaitement ». Et je fais bien rectifier que, non, le carrelage n’est pas en bon état, je remarque que le quatrième carreau en partant de la droite et légèrement fêlé, commences pas à me prendre pour une conne toi, hein. »
Je remarque au passage que le propriétaire a sa définition bien personnelle d’un logement « meublé », c'est-à-dire qu’il a même pris soin de laisser son plat de bouffe pas lavé dans l’évier et son pyjama sale dans la chambre. A désinfecter.
Acte 3 : la tête dans les cartons.
Le camion est réservé, le père de la coloc se tapera gentiment l’aller-retour (1200 km) en une journée, ce avec 40 de fièvre. (ben oui, manquerait plus que tout ce passe comme prévu) Et c’est parti pour les aller-retour dans la rue en trimballant des petits bots de ton appart. Un halogène dans une main, un sac poubelle de fringues dans l’autre et un pouf sur la tête. Et putain qu’est-ce qu’il est lourd ce canapé.
Quand on s’aperçoit que le camion est enfin vide, on se dit que ça y est, c’est fini et on s’imagine déjà une bière à la main. Ca, c’était avant de prendre conscience de l’énorme tas de meubles et de cartons dans la pièce principale. Le plus dur reste à faire. Et non, n’insiste pas, je te dis que cette armoire ne rentre pas ici, ah oui ben je la met où alors, puisque tu es si malin ? et comment organiser le salon sans couper la pièce, et où est-ce que je vais trouver de la place pour mettre mes chaussures, dans quel carton sont mes grenouilles pour mettre dans la salle de bain ? Merde, j’ai oublié le petit sac de vis pour monter mon bureau.
Acte 4 : Le deuxième effet kiss cool.
C’est en vivant dans un appartement qu’on se rend compte de toutes les petites surprises que celui-ci nous avait caché jusqu’à présent. Tiens, ce placard ferme mal, tiens, ya pas de pression dans la touche, tiens l’image de la télé a comme une sorte de filtre rose, tiens, c’est sympa cette petite brise qui passe par la fenêtre, tout juste à l’emplacement de ma tête quand je dors, tiens c’est sympa j’ai choppé une otite et une sinusite et je parle comme Michel le routier.
Heureusement que nous avons coloc mac Gayver, qui te tourne un boulon sous l’évier pour te remettre la pression, qui te démonte ton placard qui coulisse maintenant parfaitement, qui te déssoude tous les fils pour remettre la télé d’aplomb, qui te monte un bureau sans avoir besoin du petit sachet de vis, et ça tient bien en plus.
Acte 5 : prise de contact avec le voisinage.
Comme toujours, je t’ai gardé le meilleur pour la fin. Quelque chose qui, de toute ma vie de locataire, ne m’étais encore jamais arrivé. J’ai nommé : la voisine chiante. Celle qui monte la veille de ton déménagement et qui commence à te dire que ça la gêne que ça se passe un dimanche, celle qui monte le lendemain de ton déménagement pour te demander si c’est pas bientôt fini, de déplacer les meubles, celle qui monte un soir où t’es tranquille entrain de te faire un repas et qui t’engueule parce que tu fais trop de bruit, pareil pour hier quand t’es allé pisser à une heure du mat’, nan mais c’est pas des heures pour aller pisser, ça. Celle qui te balance au proprio que finalement, on vit à trois dans l’appart alors qu’on est que deux sur le bail, il lui semble, et que le troisième est donc un squatteur.
Bref : la mal baisée qui a une vie tellement minable qu’elle essaye de la rendre un peu excitante en pourrissant celle des autres.
Une bonne crémaillère dans sa djeule, à cette vieille peau, et je pense qu’elle sera vaccinée une bonne fois pour toutes.
… Ou le retour de la vie trépidante de Milou. Le retour de Milou tout court d’ailleurs.